Je suis déjà lancée...
Obtenir un contrat pour un album, c’est difficile. Obtenir un contrat pour un album en comptant sur l’aide d’une démo sans étiquette, sans aucune biographie ni photo promotionnelle, en proposant un concert en petit comité à deux heures de route de n’importe quel bureau de maison de disques frôle l’impossible. C’est ce qu’un groupe de rock de Los Angeles à peine sorti de l’œuf et composé de trois membres, finit par constater, en postant des paquets de manière anonyme à des représentants de labels, et en les invitant à venir voir jouer le groupe à Santa Barbara.
Une imposante assemblée de quatre représentants fit le trajet ce soir-là. Le groupe fait ce qu’il a toujours fait ; il installe son matériel et joue ses morceaux de 13 minutes, qui mêlent les univers de la musique électronique, du rock psychédélique et alternatif. Etonnamment, tandis qu’ils rangent le matériel [les membres du groupe se voient abordés par] un ou deux des représentants sus-mentionnés, qui leur annoncent qu’un contrat serait envoyé par la poste dès le lendemain, et qu’ils passeraient un coup de fil le lundi suivant afin de conclure l’affaire. Un résultat plutôt remarquable, étant donné la stratégie peu conventionnelle que le groupe avait employée. Lundi arrive, et personne n’appelle. La boîte aux lettres est vide. Ce groupe, 30STM, poursuit sa route, indifférent.
« Nous étions si naïfs à ce moment-là. Nous ne nous rendions pas compte à quel point il était ridicule de jouer pour des maisons de disques si loin de Los Angeles. », se souvient le leader Jared Leto avec un sourire. « Lorsque nous voulions obtenir un contrat, nous n’avons pas envoyé de colis à la presse, ou pris de gros manager en essayant de cuisiner un contrat, nous avons simplement fait des concerts et y avons invité des gens. C’était purement logique.
Cette nuit, c’était il y a plus de dix ans, et en dépit de leurs méthodes peu orthodoxes, 30STM existe toujours, et gagne toujours plus en popularité. Alors qu’ils préparent un concert au festival Give It A Name dans lequel ils sont largement en tête d’affiche, Rock Sound retourne aux sources du groupe, pour tenter d’expliquer comment et pourquoi il a réussi à aller aussi loin.
Tout a commencé pour les frères Leto au milieu des années 90 ; ils écrivaient de la musique ensemble depuis un moment, mais sans vraiment le prendre au sérieux. Ce qu’ils faisaient, ils l’adoraient, mais ils voulaient en faire quelque chose d’autre que ce qu’ils faisaient ensemble pendant leur temps libre, et c’est ainsi qu’ils décidèrent que quelque chose devait se passer.
« Lorsque nous avons tout juste, tout juste commencé à jouer de manière obsessionnelle, nous essayions de trouver des studios de m*rde qui ne soient pas trop chers [à louer], et que nous pourrions utiliser », reconnaît Shannon. « Nous avons vécu ce simple fait comme un grand saut hors de notre chambre à coucher. On jouait dans des garages, dans des de studios m*rdiques, et n’importe quel endroit ou il y avait un ampli que l’on pourrait louer. »
Nombre de ces alles de répétition furent louées dans l’idée d’engager d’autres musiciens pour transformer l’idée [des frères Leto] en un groupe. La méthode qu’ils choisirent pour trouver de potentiels collaborateurs était incroyablement compliquée. « On prenait un bout de papier, on y écrivait quelque chose et on le laissait dans des magasins de musique ou des cafés », explique Jared avec une grimace. « La seule chose que l’on a pu en tirer, c’est un tas de p*tains de types louches. » Les deux frères en rient à présent, mais l’expérience n’était pas si drôle que ça à vivre. « On savait ce qu’on ne voulait pas, et on en a, bien sûr, trouvé plein [de ce qui ne nous faisait pas envie] », poursuit Shannon. « Avec la sagesse, [je me suis rendu compte qu’] on aurait dû filmer les gens qui passaient notre porte, ça aurait fait un super-film pour un DVD. »
Deuxième partieIls était si mauvais que ça ? « Ouais », confirme Jared de façon appuyée. « On a eu droit à tout, du sosie de Slash au pire ennemi (?) de Slash, on a eu des dieux de la guitare à la Yngwie Malmsteen tout droit sortis de l’école de guitare et tout une tripotée de punk rockers. Notre grand défi, c’était de trouver quelqu’un qui nous plaise, qui nous intéresse, et avec qui on s’entendrait bien, mais qui serait également capable d’évoluer aisément entre les sons qui nous intéressent. On s’est rendu compte que l’on trouvait soit des metalleux qui voulaient tout déchirer, soit des gens qu n’étaient intéressés que par un seul genre de musique. On a aussi rejeté des propositions d’un groupe de hair [metal]. Il était mauvais.
Pendant un certain temps, les frères eurent le sentiment qu’ils ne trouveraient jamais quelqu’un avec qui le courant passerait. Une série de bassistes défila, tandis que le groupe continuait à faire des concerts et à tenter de trouver un contrat. Sans se décourager, ils commencèrent une tournée.
Et ils tournèrent avec n’importe qui. Absolument n’importe qui. « A un moment, on a fait la première partie de Fishbone », se souvient Jared, dans un mélange de fierté et de honte. « On a fait la première partie d’un groupe de grindcore mexicain une fois, on a fait la première partie de groupes de metal, des groupes d’art rock ou de folk. On a fait la première partie de n’importe qui, n’importe où et n’importe quand, ou bien on était nous-même en tête d’affiche ; on a joué avec tous ces groupes différents, et personne ne s’en est aperçu. »
Voulant rendre impossible ce qui est difficile, 30STM, complété par le gutariste Tomo Milosevic (

), fit sa tournée dans l’anonymat le plus total durant cette période. « Pendant pas mal d’années, nos tournées se sont faites plutôt discrètement. Notre groupe n’avait pas de nom, on ne faisait que tourner et faire des concerts », avoue Jared. « Nous n’étions pas très intéressés par le fait d’en créer une suite, c’était de la pure expérimentation. Mais ensuite, nous avons réalisé qu’il y a un certain but dans le processus de la musique : tu la crées, puis tu la partages, puis les gens peuvent tous en avoir chacun leur propre expérience, et ensuite, vous vous retrouvez dans un lieu public et vous partagez quelque chose ensemble. C’est ce que nous voulions, alors nous nous sommes forgé une identité. »
Le groupe n’a jamais promptement caché Jared du public en le faisant asseoir derrière la scène ou dans le van jusqu’à ce qu’il soit temps de monter sur scène, mais ils se montraient attentifs dans le choix des endroits où ils jouaient. La majeure partie de leur tournée s’est faite hors de Los Angeles, à des endroits où personne ne s’attendrait à voir un acteur en tant que leader d’un groupe de rock. Ainsi, nombre leurs concerts du début [de l’existence de 30STM] se jouèrent dans des bars de motards à côté de la route, de vieilles églises, des centres de loisirs [ou communautaires], des bibliothèques ou des gargotes à Nulleparttown ou N’importeoùville. N’importe quel endroit inattendu.
[je me marre à les imaginer en train de jouer dans tous ces endroits…^^]« Cela compliquait les choses que je sois dans le groupe », admet Jared. « Nous savions que ce serait un défi, et nous étions tout à fait conscients que cela nous demanderait plus de boulot que si je n’appartenais pas au groupe. »
[c’est vrai, Jared est complètement inutile, on se demande ce qu’il fout dans ce groupe...
]Mais aucunement intimidé par cet obstacle, le groupe s’est mis au travail. [Je n’arrive pas à traduire « long-tine Rock Sound squeeze »] Jonah Matranga se souvient avoir partagé une soirée avec les membres du groupe, alors qu’il était à la tête d’un groupe de rock alternatif (qui fait école) appelé Far « On jouait dans un tout petit local sans estrade, au centre de la Californie », explique Matranga. « Paul, d’Immortal Records m’avait appelé pour me dire qu’un groupe qu’ils pensaient faire signer était sur l’affiche ce soir-là, il m’a aussi dit que le chanteur était un acteur, ce qui n’est jamais bon signe. »
Troisième et dernière partie à venir...